Nailed to the dock

noahwinchCloué au quai. L’expression est de Bob, notre voisin de ponton et ami. Après 4 semaines sans avoir bougé d’un mètre, c’est exactement ce qui nous arrive.

J’avais pourtant répondu avec aplomb au capitaine de la Marina Las Olas de Fort Lauderdale, qui s’enquérait de la durée de notre séjour : « 2-3 jours maximum ». Le temps de résoudre quelques problèmes techniques avant de s’élancer à l’assaut de l’Intracoastal. La marina en question étant l’une des moins chères des US (10 €/jour), la décision est vite prise.

D’abord, le boulot : régler les problèmes posés par le 110V dans un bateau européen : adaptateurs en tout genre, chargeurs, nouvel outillage électrique. Ensuite, la « législation caca » : installer un réservoir à eau noire, une vanne Y, un filtre, un nable de pont, un coude anti-siphon et tout le tintouin. Rejeter sa crotte à moins de 3 miles des côtes US a un prix : 25.000$. Mieux vaut se retenir…

holdingtank
Holding tank
inverseur
Nouvel inverseur

Ensuite, le gaz : encore une nouvelle norme, nouveau raccord. Puis le téléphone : trouver la solution la moins chère dans la jungle des opérateurs. Et changer les 4 silentblocs sans sortir le Perkins de la cale, avant de réaligner le moteur une énième fois. Et acheter enfin les 30 mètres de chaîne qui manquent à mon ancre depuis la Hollande…

Mais la seule inquiétude est le mercure qui ne cesse de grimper. J’ai beau ne rien connaître aux Fahrenheit, je n’oublierai pas ce 105 °F… Même les 52° C de Mauritanie me semblent un souvenir rafraichissant ; car le problème ici n’est pas la chaleur, mais l’humidité. Bienvenue dans le grand sèche-linge tropical… de l’avis des locaux, ce mois de juin 2009 est d’une lourdeur exceptionnelle.
noahbainTrès vite, la croisière fluviale tourne à la survie, les 2 mini ventilateurs 12v ne pouvant plus rafraichir Noah. Nous nous barricadons alors dans la salle commune climatisée de la marina, que nous squattons sans vergogne, de l’aube au crépuscule. Nous prenons soudainement conscience d’un « détail » : Pando est l’unique bateau du port (ou de Floride ?)… sans clim.

C’est alors que la solidarité des plaisanciers ricains se met en branle pour aider cet étrange équipage franco-hollandais en nage, qui a eu l’idée saugrenue de venir naviguer à la pire époque avec un nouveau-né, 3 mois après la haute saison (février). Alex m’offre sa clim portable (5000 BTU) qu’il installe sur le hublot de pont… Bob joue le taxi pour nous permettre de faire nos courses, me file son amplificateur d’antenne Wifi pour surfer à bord, des amarres, des cartes, des jerrycans, me déniche sur le net l’annexe avec moteur indispensable pour la suite… Kellee vient régulièrement nous nourrir à bord, Sarah se charge du baby-sitting de Noah pour nous permettre de traduire (inestimable), Hyde nous file un siège auto pour bébé que nous installons dans le cockpit, Andrew me fait profiter de sa carte (30 % de réduction chez West Marine), Jimmy nous sort régulièrement au resto…. Merci merci merci !!

Alex installe la clim
Alex installe la clim

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Bob à la guitare
Bob à la guitare

Officiellement, nous travaillons. C’est-à-dire que nos 5 ordinateurs portables (dont 2 neutralisés par un virut32 contre lequel Norton, McAfee et autre Kasperski ne peuvent rien) trônent en permanence dans la salle commune. Noah joue par terre, sur son tapis.
workMais cette salle est un lieu de passage. Une gare. La discussion s’engage alors systématiquement avec chaque nouvel entrant. Voilà la vraie raison de cette escale qui joue les prolongations : nous taillons des bavettes à longueur de journée. Obama, les Amishs, Armageddon, Israël, la sécu, 09/11, Jackson, l’Irak, Jésus, Monsanto, … tout y passe. L’Amérique se découvre lentement. Nous n’avons pas fait un mètre mais nous sommes les deux pieds dans le voyage. L’immense plage de sable blanc de Fort Lauderdale est pourtant à 100m : pas le temps.
australiensPieter et Caro viennent de Hollande. Ils ont acheté un Bénéteau de 50 pieds aux Caraïbes et le ramènent en Méditerranée… en cargo. Comme Sarah et Frog, qui ramènent un Catalina flambant neuf en Australie… en cargo. 28K$ pour retrouver, dans un petit mois, leur voilier à l’autre bout du monde… impossible de passer la douane australienne avec bouffe ou alcool : ils transforment alors la couchette arrière de Pando en épicerie, 2 mois de provisions qui viennent s’ajouter à celles laissées par Bob et Kellee qui vendent leur Lagoon 41 et rentrent par la route en Californie. Bilan : Pando est plus bas sur l’eau qu’avant la transat !
noaharryJune et Hyde viennent d’Afrique du Sud. La discussion s’engage en afrikaans. Avec leur pavillon, impossible pour eux de décrocher le fameux Crusing Permit, ce sésame de la navigation US, que nous avons gagné de haute lutte aux US Customs de Miami. L’absurdité de l’administration américaine s’exprime alors dans toute sa splendeur : malgré leur visa et leur superbe catamaran, ils sont contraints de faire les formalités d’entrée et de sortie… à chaque nouvelle ville des USA ! (une cinquantaine jusqu’à NYC ?). Amers, ils abandonnent leur voilier au port et décident d’acheter un camping-car pour traverser les states par la route (la crise a fait surgir un énorme marché de véhicules bradés, à moins de 5000 €). Malheureusement, un hamburger qui passe mal et le pauvre Hyde se retrouve aux urgences… avec une assurance de base… pour deux jours d’hôpital… Steve fait une rapide estimation des coûts : 5000 $/jour x 2=…? décidément, Michael Moore n’en finit pas de nous rattraper.

Avec Jimmy, qui nous réconcilie avec la cuisine américaine
Avec Jimmy, qui nous réconcilie avec la cuisine américaine

 

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