The America we love

C’est le pays où les gens s’abordent systématiquement dans la rue, sur l’eau, partout. Le pays des « Where ya from, man ? », des « what’s up dude ? », des “Have a good one”, “Hi there”, “take care”, ou même, après une belle rencontre : “you’ll be in my prayers”.

Baignade dominicale sur les rives
Pêche dominicale sur les rives

Hockenberg Bridge… Un ponton bringuebalant juste avant le pont, une atmosphère glauque de zone industrielle : notre escale pour la nuit. On aborde des pêcheurs.

–          What are you fishing?
–          We are shrimpers. Do you want some shrimps?

A peine le temps de bafouiller des remerciements, ses grosses mains fouillent déjà dans la glacière.

–          Do you have a bag ?
–          Euh… no
–          Jim! Bring a bag.

Un sac de 3 kilos de crevettes jumbo atterrit dans nos mains. « Have a safe trip ! »
Straight to the point. Généreuse : l’Amérique qu’on aime. Je soupèse le sac… on va jamais réussir à manger tout ça. Il faut qu’on en refile un peu.

Ellen aborde un homme qui pêche à quelques mètres de Pando. La première réaction des américains quand ils apprennent d’où nous venons est toujours la même : ils pointent la petite coque jaune du doigt, moue incrédule, en s’écriant : « …on THIS?? » (sans même prononcer le mot « boat », comble de l’impolitesse)

Roger tient absolument à avoir un autographe, persuadé qu’il nous retrouvera dans quelques jours à la télévision. Je lui propose alors de partager mes crevettes avec lui. Il part vers sa voiture et revient avec un tee-shirt rouge flambant neuf : « c’est le tee-shirt de mon entreprise, me dit-il, c’est pour toi ».

pecheurami
Thank you Roger !

Charleston (1670), The Holy City : de loin la plus agréable ville américaine depuis Miami. Les maisons ne peuvent pas dépasser la hauteur des églises… Ambiance provinciale. C’était la première ville américaine à accueillir les huguenots français. La french touch est bien visible. Une autre Amérique.pompierdrapeauIci, ce ne sont plus les alligators qui freinent les envie de faire trempette mais les raies pastenague (stingray), à la piqure souvent mortelle, que l’on voit jaillir en vol plané au-dessus de l’eau, ailes ouvertes façon batman.

Au gré des rivières, l'eau passe du chocolat au bleu
Au gré des rivières, l’eau passe du chocolat au bleubleu

La politique commence à s’inviter dans le voyage…

Certains américains ont manifestement le besoin impérieux, face à des étrangers, de déverser leur fiel sur leur nouveau président. D’ailleurs, depuis Miami, nous n’entendons le nom d’Obama que de la bouche de ses adversaires. Des adversaires particulièrement virulents. Le nouveau président semble être le vrai responsable de la crise économique que traverse le pays. Alors son projet d’assurance-maladie obligatoire pour tous (1000 milliards $ sur 10 ans) fait hurler…

Vouloir permettre à 47 millions de citoyens de bénéficier d’une assurance-maladie semble une idée absolument abracadabrante pour beaucoup d’américains. « L’expérimentation marxiste » d’Obama ne passe pas. Même si le taux de mortalité infantile du pays le plus riche au monde est l’un des plus élevés des pays développés (derrière la Jordanie…) et sa longévité à la 42ème place mondiale…

L’argument des opposants est très simple : pourquoi devraient-ils payer pour les américains qui ont fait « le mauvais choix » ? (ceux qui ne « veulent pas » payer les 5000 USD par an -minimum- d’assurance santé).

Ce trait profondément américain nous avait déjà frappé sur le thème des retraites : travailler jusqu’à sa mort semble être une idée normalisée, une évidence. Je n’arrivais pas à me faire comprendre d’eux quand j’évoquais tous ces grands-pères qui remplissaient nos sacs dans les supermarchés. « Tant mieux pour eux, ils ont un job ! »

Charleston
Georgetown, SC

Je me dis parfois que c’est peut-être ainsi que les américains sont devenus la première puissance au monde. En pensant comme ça. Après tout, la santé est un business comme un autre. Bon, peut-être un peu plus juteux que d’autres…

Pour Jimmy, originaire de Pennsylvanie, l’ancienne solidarité américaine ne se retrouve que chez les Amishs. Selon lui, si la maison d’un Amish venait à être détruite par un incendie, le lendemain, tout le village retrousserait ses manches pour reconstruire la maison sur le champ…

A Georgetown, j’écrivais dans mon journal de bord :

« Et pourtant, comble du paradoxe, j’ai le sentiment très net que les américains, dans leur grande majorité, ne demandent qu’à aider. Si demain Pando venait s’échouer dans une rivière à sec, j’ai du mal à croire que nous ne serions pas dépannés par le premier bateau. »

Trois jours plus tard, bingo! Cette fois-ci, Pando refuse de bouger, nous sommes scotchés.

...une amarre lançée au premier bateau qui passe... et un grand merci !
…une amarre lancée au premier bateau qui passe… et un grand merci !depannage2

L’Amérique que nous traversons, une Amérique fluviale essentiellement rurale, semble avoir farouchement résisté à l’Obamania. Le plus gentil pêcheur ne ratera pas une occasion de le rendre responsable d’une mauvaise prise…

Parfois, les conversations anodines dérapent sur le terrain politique de la manière la plus cocasse, comme à Myrtle Beach, où nous glanons des informations pour la suite de notre navigation auprès du patron de la marina :

-What about “the Piles Rocks”? We’ve been told that this section of the ICW is very narrow and dangerous, is it true ?
-Well, it’s overrated. You just have to stay exactly in the middle of the river and you’ll avoid all the rocks.
-And what if another boat comes in the opposite direction?
-You’ll be fine. As long as you don’t encounter a tug with a barge, which you won’t as long as we’ll have president Obama here.

Petite traduction pour ceux qui n’ont pas compris cette apparition pour le moins saugrenue du président américain dans la conversation (on les comprend !) : nous ne risquons pas de croiser un remorqueur tirant une péniche, car il n’y a plus de travail aux US, car Obama est aux commandes du pays ! Logique toute républicaine!

Lorsque je le lance sur le sujet de l’assurance santé, il enfonce encore le clou :

We don’t want to become a socialist country. We don’t want to be like the Frenchs, the Canadians, the Britishs… We don’t want to be like them, we don’t want to visit them, we want to stay the way we are!

A bon entendeur!

carolina
Carolina Beach
La "pêche" aux orins dans l'hélice continue...
La « pêche » aux orins dans l’hélice continue…

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